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Geschichtsschreibung im 17. Jahrhundert: Die Position Charles Sorels und ihre Widersprüche

Hartmut Stenzel


Pages 273 - 301



Résumé:
Dans la politique des gratifications qu’entreprend Colbert depuis 1662, conseillé par Chapelain, l’historiographie et les historiographes n’ont pas de place. Comme le montrent les jugements sceptiques de Chapelain, l’historiographie apparaît idéologiquement suspecte et peu apte à la mise en valeur de l’image du roi et à sa glorification. Dans ce contexte, Charles Sorel n’est mentionné ni dans la correspondance de Chapelain ni dans sa fameuse « Liste de quelques gens de lettres français vivant en 1662 » qui prépare les gratifications. Cette omission peut s’expliquer tant par la position tout à fait marginalisée de Sorel dans le champ littéraire que par la conception épistémologique dans laquelle il conçoit l’utilité sociale de l’historiographie comme de l’écriture en général. Il reprendra cette position dans plusieurs écrits ultérieurs, depuis la « Bibliothèque françoise » (1666) jusqu’à son dernier texte, le « Supplément » à la « Connoissance des bons livres » (1672). Cette conception rationaliste de la signification et de la valeur de l’histoire le sépare des buts encomiastiques attribués à l’historiographie. Dans son « Supplément », il doit avouer en même temps sa marginalisation complète, Colbert ayant rayé, dans la politique des gratifications, ses gages d’historiographe. Quoi qu’il en soit, Sorel défend une conception de l’histoire qu’il avait conçue depuis ses débuts dans l’historiographie avec 1’ « Advertissement sur l’histoire de la monarchie françoise » (1628). Or, ce « coup d’audace » (selon les critères d’A. Viala), affirmé de manière éclatante par une critique acerbe de toute la tradition historiographique, est relativisé par une attitude contradictoire envers la dimension légendaire religieuse de cette tradition. Cette position contradictoire peut s’expliquer par le double destinataire que visent les écrits historiographiques de Sorel. Si sa supériorité supposée dans le domaine de l’histoire s’adresse au public, 1’« Advertissement » s’adresse en même temps au pouvoir et particulièrement à Richelieu, ambitionnant à la succession de la charge d’historiographe de son oncle Claude Bernard. Ce rapprochement nécessitant des concessions idéologiques, il permet d’expliquer l’affaiblissement des accents libertins dans la position historiographique de Sorel. Or, la légitimation sociale enfin obtenue avec la charge d’historiographe (en 1636) paraît peu stimulante pour son travail historiographique voire l’en a plus ou moins dissuadé. On peut supposer que le service attendu dans cette charge, tel qu’il le conçoit lui même dans un traité, contredit les principes critiques et rationalistes qu’il avait conçues dans 1’« Advertissement ». Ainsi la consécration institutionnelle qu’il avait recherchée et enfin conquise affaiblit non seulement ses visées critiques sur l’historiographie, mais l’empêche également d’étayer la position de domination dans le champ historiographique qu’il avait ambitionnée. Pris dans l’engrenage de ce qu’Alain Viala a désigné comme « autonomie confisquée », dans l’impossibilité de surmonter les contradictions entre les attentes de l’espace public et du pouvoir monarchique, Sorel ne cesse pourtant, jusqu’à la fin de sa vie, de repenser ses échecs. S’il n’a pu réaliser le rapprochement entre roman et historiographie qui se dessine dans ses derniers textes, c’est là pourtant une cohérence scripturale qui caractérise les contradictions de sa pratique historiographique.

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